Coups de coeurs

La triste histoire des frères Grossbart

Un mélange de Rabelais et de Tarantino

La quatrième de couverture de ce truculent livre de Jesse Bullington le décrit comme un mélange de Rabelais et de Tarantino. Quoi ?? Rabelais ? Cet écrivain du 16è siècle ? Mélangé à Tarantino, ce réalisateur du 20e ? Dans le même livre ?? Et pourtant !

Portrait de Jesse Bullington - Photo de Molly Tanzer

Portrait de Jesse Bullington – Photo de Molly Tanzer

Avant d’entamer cette revue d’un livre que j’ai trouvé formidable, quelques mots sur l’auteur. Jesse Bullington est un auteur américain né en Pennsylvanie qui a passé son enfance à lire tout ce que ses petites mains crasseuses pouvaient toucher. Il a ensuite déménagé en Floride pendant son adolescence. Il a même passé une année aux Pays Bas.

Il se défini comme possédé par le tempérament d’un furet et on l’imagine facilement sautillant et reniflant curieusement tout ce qu’il trouve ! En bon vivant, il aime la bonne bouffe, les livres agréables, le bon cinéma et accepte un verre de ce qu’on l’on préfère ! En tant que gentleman raisonnablement propre sur lui, il trouve assez légitime que l’on s’enquière de sa bio avant d’acheter ses livres.

Cela étant dit, vous avez et moi avons de bonnes chances de devenir rapidement ami avec lui, surtout si on l’a connu jeune !

Vous l’aurez deviné, Jesse Bullington est un auteur que l’on aimerait rencontrer, en plus d’avoir ses livres dans sa bibliothèque !

Rabelais et Tarantino ?

Couverture - La triste histoire des Frères Grossbart

Couverture – La triste histoire des Frères Grossbart

La triste histoire des frères Grossbart réussit ce mélange des genres de manière jubilatoire. De Rabelais on y trouve la critique des puissants qu’ils soient nobles ou hommes d’église, en faveur d’une culture populaire paillarde, pétrie d’une morale chrétienne légère, loin des lourdeurs ecclésiastiques. De Tarantino, cette « triste » histoire est le mélange assumé de cultures diverses dans un univers médiéval ténébreux et hyper violent.
Et ça fonctionne superbement bien !

Les deux jumeaux Grossbart sont des pilleurs de tombes d’une Allemagne médiévale fantastique. Là où l’imagination des hommes du Moyen Âge plaçaient des monstres dans la forêt à proximité de leur village faute de connaissances appropriées, les Grossbart vont les rencontrer réellement et ça gicle. Ces deux hors-la-loi frustres qui se définissent eux-mêmes comme des « hommes de bien, à qui on a fait du mal » vont de rencontres horrible en situations atroces. Et nous lecteurs, nous les suivons en frissonnant avec le sourire car leurs aventures sont tellement extraordinaires que l’on veut découvrir dans quelles situations encore plus démentes ils vont se fourrer. Et ils sont très doués pour interpréter au pied de la lettre, ou de travers un conseil qui leur est donné.

Le rythme est soutenu, haletant presque, comme un film de Tarantino. Et comme Pulp Fiction, par exemple, les scènes d’actions sont cassées par des scènes de dialogues philosophiques entre les deux frères. Mais leur philosophie tient de Rabelais et de brèves de comptoir !

On ne s’ennuie pas un moment dans cet univers et on se demande même quels acteurs pourraient jouer dans le futur film de Tarantino. Un pur régal totalement atypique !

La quatrième de couverture

Des créatures affamées rôdent dans les sombres forêts de l’Europe du Moyen Age, et ciel comme mer grouillent d’horreurs indicibles. Il n’y a aucune perversion, aucune sorcière ni démon qui rivalise avec les frères jumeaux pilleurs de tombes Hegel et Manfried Grossbart. Voici leur histoire, triste mais véritable. Ecrit dans le style des Grimm, les frères Grossbart s’embarquent dans une quête vers la lointaine Egypte et ses tombes emplies de richesses. Pieux, mais horriblement cruels, les frères meurtriers entament un «road trip» assassins sur les routes médiévales de l’Europe. En chemin, ils vont croiser brigands, sorciers et prêtres défroqués, volant et tuant selon leurs besoins.
Vous ne trouverez point d’antihéros poignant chez nos Grossbart, mais des meurtries sans âmes.

Accrochez-vous, ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains !